Fengardo, fonte libre*

…au télé­char­ge­ment.

Aujourd’hui est un jour comme un autre, sauf qu’aujourd’hui, je me fais Jean-Jacques et je Donne.

J’ai vécu une gros­sesse dif­fi­cile. Il aura fallu que mon per­fec­tion­nisme du dimanche trouve un terme dans l’écoute des sages voix de quelques pairs ami­caux, pour que je me décide enfin à assu­mer cette fonte comme ter­mi­née et à la rendre disponible .

Quand je dis « rendre dis­po­nible », je parle évidem­ment de gra­tuité et il y a plu­sieurs rai­sons à cela. La pre­mière de toute est sans doute que je me suis tou­jours consi­déré comme un Jean-Michel Jarre de la typo, un ama­teur gen­til & pas­sionné mais dont les ambi­tions dépassent les qua­li­tés. Ensuite, je suis issu de cette mer­deuse géné­ra­tion du tout-gratuit qui n’a jamais com­pris que la musique, le cinéma, et acces­soi­re­ment la typo, ça se paye puisqu’il s’agit du fruit d’un tra­vail consé­quent. Induit par ma condi­tion, je ne crois guère en la plu­part des modèles écono­miques exis­tants dans le monde de la typo. Celui qui m’a le plus convaincu jusque là est celui de Jos Bui­venga, qui dif­fuse gra­tui­te­ment les graisses de base de ses fontes et fait payer les graisses sup­plé­men­taires d’un usage par­fois secon­daire. Il donne ainsi l’occasion aux uti­li­sa­teurs de se fami­lia­ri­ser avec le carac­tère et je pense que l’achat d’une famille est plus évident suite à cette expé­rience. Main­te­nant, je ne sais rien de ses résul­tats finan­ciers avec ce fonc­tion­ne­ment et j’ai cru com­prendre qu’il n’avait pas vrai­ment essayé d’en vivre; ça tombe bien, je ne compte pas essayer non plus. Enfin, je n’ai pas la pré­ten­tion de pro­duire un tra­vail de qua­lité pro­fes­sion­nelle, sur­tout en regard de cer­tains stan­dards élevés en matière de fini­tion (ker­ning, hin­ting and co).

J’avais d’abord envi­sagé de dif­fu­ser une ver­sion 0% avec un set de base et le strict néces­saire pour les usages les plus cou­rants. Et puis je me suis dit que c’était absurde puisque j’avais des­siné plus que ça, par ailleurs j’avoue avoir eu la flemme de faire des coupes franches dans l’Opentype.

Il s’agit donc d’un joli petit bébé de 400 glyphes et des brouettes, le set de base, chiffres elzé­vi­riens par défaut, chiffres ali­gnés pro­por­tion­nels et tabu­laires en Open­type, Small Caps, quelques formes his­to­riques, variantes de titrage, etc. Juste pour rire, la fonte couvre l’utilisation de ces langues là: alba­nais, alle­mand, anglais, basque, bokmål nor­vé­gien, cata­lan, cor­nique, danois, espa­gnol, esto­nien, féroïen, fin­nois, fran­çais, gali­cien, galla, grec, indo­né­sien, irlan­dais, islan­dais, ita­lien, malais, manx, néer­lan­dais, nynorsk nor­vé­gien, por­tu­gais, somali, sué­dois, swa­hili. La der­nière est ma pré­fé­rée, puisque le Roi lion pourra décla­rer sa flamme à sa femme en fen­gardo et en ver­sion originale.

Plai­san­te­rie lin­guis­tique et médiocre mise à part, je dois remer­cier les acteurs dis­crets de cette pro­duc­tion, à com­men­cer par les pré­cep­teurs qui m’ont ino­culé le bacille du typo­graphe, les amis qui me souffrent, ceux qui m’éduquent, ceux qui font vivre ma verve typo­gra­phique, et les bêta-testeurs qui ont appré­cié ce carac­tère même lorsqu’il était tout bon­ne­ment hideux.

Allez hop, on passe à la caisse maintenant:

[ Télé­char­ger Fen­gardo ] Contrat Creative Commons

Fen­gardo par Loïc San­der est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons Pater­nité — Pas de Modi­fi­ca­tion 3.0. Les auto­ri­sa­tions au-delà du champ de cette licence peuvent être dis­cu­tées par ici: loic (at) aka­lol­lip (dot) com

*****

Quant à ceux que mes états d’âme sur la nais­sance de Fen­gardo inté­ressent, vous pou­vez pour­suivre, munis­sez vous d’un grand verre de Banga™ et bonne chance.

Fen­gardo, c’est un peu le fon­de­ment de ma névrose typo­gra­phique. J’ai presque tout fait avec ce carac­tère qui m’a cer­tai­ne­ment appris beau­coup de tout le peu que je maî­trise à ce jour. Il s’agit de mon tout pre­mier tra­vail de créa­tion de carac­tère sérieux. Seuls quelques ini­tiés sont dans la confi­dence de ma pre­mière ten­ta­tive très médiocre, et j’aimerais beau­coup que ça reste ainsi. J’ai débuté ce bou­lot en 2008 avec une idée a priori simple et à mon image: le cul entre deux chaises. J’aimais les grilles, la Suisse, mais j’aimais plus encore la typo­gra­phie huma­niste (des modèles clas­siques du XVIe aux créa­tions contem­po­raines). Alors je me suis dit – comme tou­jours – « je veux faire quelque chose entre les deux ». Et comme ma der­nière ère de sou­plesse doit remon­ter à mon crawl expert dans le liquide amnio­tique, vou­loir faire un grand écart était ambi­tieux et allait sur­tout deman­der de la patience puisque je ne savais abso­lu­ment rien du des­sin de carac­tère. Aujourd’hui, je m’estime au quatre-quart de ce domaine (en réfé­rence à la dif­fi­culté d’exécution du gâteau, pas la valeur arith­mé­tique). Bref, deux ans ça peut paraître long, et ça s’explique assez bien par le fait que je me for­mais seul, ne des­si­nais qu’à l’allure de mes humeurs, et m’égarais allè­gre­ment dans l’exploration de ce que je trou­vais typo­gra­phi­que­ment enviable.

Les pre­mières formes sont appa­rues sur une grille un petit peu com­pli­quée mais pas trop, qui ten­tait déjà de conci­lier un tracé géo­mé­trique et normé avec des carac­té­ris­tiques de pleins et de déliés, de pro­por­tions, et de contrastes typiques des lettres huma­nistes. Il m’a fallu au bas mot six mois pour com­prendre que la grille c’était pas mal pour débu­ter mais qu’il fal­lait la lais­ser au pla­card pour pas­ser aux choses sérieuses. Puis un an et demi de bidouille, d’essais, d’éducation de l’œil & de la culture, pour arri­ver enfin à quelque chose de mûr; ou presque.

Que la matu­rité ait été aussi longue à atteindre s’explique par la nature un peu hybride de ce tra­vail d’une part, par mon manque d’expérience d’autre part, mais aussi et sur­tout par la pro­por­tion déme­su­rée d’affect qui a été inves­tie dans cette créa­tion. J’ai solu­tionné ce pro­blème en amor­çant d’autres pro­jets qui, moins emprunts par ce trouble de la « pre­mière fois », ont évolué beau­coup plus rapi­de­ment et se sont construits de façon bien plus effi­cace. Grâce à ces à-côtés, une serif & une didone contem­po­raines, j’ai appris d’autres choses en terme de des­sin qui m’ont égale­ment aidé à finir Fen­gardo. De fin, parlons-en, parce que nous n’y sommes pas. Aujourd’hui je ne livre qu’une graisse avec l’intention de rece­voir en retour de ce sevrage, l’énergie qui fera avan­cer la famille amor­cée. Je tra­vaille actuel­le­ment sur une ita­lique et un black pour accom­pa­gner ce romain. Dans un pre­mier temps, l’objectif n’est pas de pondre une famille com­plète mais plus une famille qui pren­drait ses repas autour d’une table modeste en bois brut, pas dans un réfec­toire sur des tables en contre-plaqué. Concrè­te­ment, ça veut dire: romain + Ital. / black + Ital. J’imagine qu’un bold et un medium vien­dront par inter­po­la­tion, et éven­tuel­le­ment un light qui serait final.

C’était la ver­sion du Reader’s Digest des aven­tures de ce carac­tère qui com­mence à voir le jour. Je ne peux qu’espérer que sa fra­trie aura envie de gran­dir plus vite. *Char­lie don’t surf !

22 Responses to “Fengardo, fonte libre*”

  1. Léna Says:

    pui­sons l’inspiration dans du james dou­glas mor­ri­son;
    & allons rédi­ger du fen­gardo; verre à la main.

    contente qu’il en soit ainsi.
    que d’autres en pro­fitent également.

  2. timothée redkitten Says:

    je vois que tu cites Jos Bui­venga, c’était donc bien ça l’origine du nom ‘Fen­gardo’: Ani­vers + Fertigo ?

    any­way, longue vie à la Fen­gardo!
    [ je serais ravi de béta-tester la black! =^_^= ]

  3. Milena Says:

    Je ne peux qu’être fière …

  4. akalollip Says:

    Bien vu Timo­thée mais non ; )

    Tu es, sans le savoir, en tête d’une liste qui n’existe pas pour bêta-tester le Black, j’espère pou­voir en bou­cler une ver­sion basique dans le cou­rant de l’été.

  5. manon Says:

    C’est juste beau.

  6. jérémy Says:

    Une belle fini­tion par rap­port à la ver­sion four­nie aupa­ra­vant
    en terme d’approche et de détail typo­gra­phique.
    Good job !

  7. David - fowl Says:

    Il me semble que Bui­venga a arrêté la direc­tion artis­tique pour se consa­crer plei­ne­ment à la typo.

    Bravo pour ce tra­vail qui voit enfin le jour offi­ciel­le­ment, j’ai hâte de voir la ver­sion italique !

  8. Alaric Says:

    Bravo Loïc.
    Merci pour ce cadeau!
    Je t’en don­ne­rai des nou­velles très vite une fois testée !

  9. Lorine Says:

    Houra ! \o/
    Encore toutes mes féli­ci­ta­tions. Je sais com­bien il est dif­fi­cile de dire “c’est fini”. C’était ni trop tôt ni trop tard. Je l’aime beaucoup.

  10. l'amiral Says:

    j’ai pas encore lu… ni testé,
    mais cool, je constate une belle avan­cée!
    en tous cas bravo et
    je prends…

    à bien­tôt

  11. Littéral textile Says:

    remar­quable de lire la genèse de ces lettres / moi qui en fais quelques pauvres mots.

    Pays.

  12. meskine55 Says:

    merci de mettre à dis­po­si­tion cette magni­fique typo. Je l’utiliserai à son avan­tage, soyez-en sûre.

  13. Mehdi Mitchel Says:

    Je tiens d’abord à dire que c’est du beau travail.

    Ce qui est drôle, c’est que je suis tombé sur le che­mi­ne­ment de la concep­tion de cette typo, com­plè­te­ment par hasard, puis au détours d’un lien, j’arrive sur ce blog. J’avoue que j’espérais tom­ber sur une ver­sion finale, et c’est chose faite.

    J’espère en tout cas que tu conser­vera la flamme, et conti­nue­ras, à créer des choses avec autant d’assiduité. Ça fait plai­sir de sen­tir une pas­sion comme celle là trans­pa­raître, même à tra­vers un écran.

  14. x Dupre Says:

    C’est un carac­tere ori­gi­nal que ce Fen­gardo!
    Cette 1re ver­sion gra­tuite va te per­mettre de la voir uti­li­see par-ci par-la et de repe­rer les defauts. Tu pour­ras alors en faire une ver­sion defi­ni­tive.
    Une nou­velle famille tout a fait charmante!

  15. akalollip Says:

    Xavier,
    je ne sais pas si tu évalues le plai­sir que j’ai à te lire ici avec ce com­men­taire, et donc merci, beau­coup.
    C’est bien mon incer­ti­tude sur ses qua­li­tés et la cer­ti­tude qu’elle a de nom­breux défauts qui m’ont fait la rendre publique gra­tui­te­ment.
    Mal­gré tout, je pense que le romain et l’italique (à venir pro­chai­ne­ment) res­te­ront gra­tuits, le reste de la famille devien­dra sans doute
    un pre­mier fond de « commerce ».

  16. TomT Says:

    Bravo pour cette fonte aérienne et terre-à-terre (oxy­more sort de ce corps).
    Je com­mence à peine à décou­vrir le monde de la typo, et j’adore la pas­sion que tu trans­mets à tra­vers cette oeuvre.
    Bien dom­mage que la typo soit trop sou­vent relayée au titre de faire-valoir/support de l’information.

    J’attends avec impa­tience les nouveaux-nés de la famille Fengardo.

  17. Kaes Says:

    wouuaaaa !! *admi­ra­tif* plus sérieu­se­ment, je viens de tom­ber fan de ta typo, elle rentre dans mon top 5 des favorites !

  18. Colin Says:

    Hello
    Sans juger le des­sin, qui com­porte cer­tain éléments plu­tôt plai­sants, je tiens juste à noter que les des­cen­dantes sont trop longues (de peu) , par rap­port aux longues du haut…

    C.C.

  19. akalollip Says:

    Voilà un com­men­taire inté­res­sant, je n’avais jamais noté cette légère dis­pro­por­tion,
    je vais étudier ça, merci du coup d’œil.

    L¨c

  20. Thomas Sander Says:

    Lie­ber Loïc,
    Du weißt ich vers­tehe nicht viel von Typo­gra­phie, aber da ich sehr — vil­leicht zu viel — lese, kann ich sagen, daß dies police sehr ange­nehm zu lesen ist

    Tho­mas

    PS: Das sz habe ich mit copier/coller pro­du­ziert, kann aber nicht sagen ob es in FENGARDO erschien ist

  21. Gerhard Schlee Says:

    BEST*FUCKING*LOOKING*FONT*EVER

  22. M. Il Lettrait Says:

    Merci pour cette typo­gra­phie bien ori­gi­nale.
    je l’ai alle­gre­ment uti­li­sée pour mon pro­jet pro­fes­sion­nel de BTS com­mu­ni­ca­tion visuelle. (un peu rapi­de­ment j’avouerai)
    Si vous vou­lez voir le résul­tat..
    Et merci aussi pour toutes les expli­ca­tions four­nies. Très ins­truc­tif pour le débu­tant que je suis.

    Lucas

Leave a Reply